Les dispositifs digitaux des biens français inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO

Par Christian,
dans Tourisme

unesco

Les biens inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO attirent chaque année sur notre territoire des millions de visiteurs et de touristes locaux, nationaux ou encore internationaux. En 2015, on dénombre 41 biens français inscrits sur cette liste dont la vocation est favoriser la conservation de biens dits culturels ou naturels d’importance pour l’héritage commun de l’humanité.

1 Contexte

En France, depuis les années 90, les pouvoirs publics ont pris la mesure du fait que la labellisation représentait l’activation d’enjeux économiques considérables, en terme de rayonnant international et au aussi de génération de profit pour les territoires hébergeants. En France, patrie des Monuments Historiques depuis 1819, le label Patrimoine Mondial de l’UNESCO a toujours été accueilli avec bienveillance et intérêts. Beaucoup de sites ont été redécouverts à l’occasion de leur inscription sur la liste.

Depuis 2007, l’Association des Biens français du Patrimoine Mondial UNESCO (www.assofrance-patrimoinemondial.org/biens-incrits) réunit les gestionnaires de biens français inscrits sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Elle est soucieuse d’améliorer la qualité de la protection et de la valorisation tout en œuvrant pour leur promotion. Aujourd’hui quand on parle de valorisation et de promotion, on parle évidemment de représentation digitale. Nous nous sommes attachés à la définition du périmètre digital des 41 « sites UNESCO » par un audit de leurs dispositifs  selon les critères d’évaluation suivants :

– Existence d’un site « desktop » spécifique,

– Existence d’une version mobile,

– Existence d’une application,

– Listing des contenus,

– Listings des fonctionnalités,

– Présence sur les réseaux sociaux.

2 Quelle présence digitale pour les biens Patrimoine Mondial UNESCO français ?

On observe que si 66% des biens possèdent un site internet desktop, une quantité non-négligeable (soit environ un tiers) ne possède aucune représentation sur internet ne serait-ce que part l’intermédiaire d’une simple page. Pourtant, la présence digitale est un point essentiel en terme de notoriété, visibilité et praticité.

Qualitativement, 60% des biens sont représentés par un dispositif « non actuel »en terme de design ou d’ergonomie. La valeur symbolique des biens nécessite cependant qu’on s’attache à une certaine ambition esthétique, graphique et de qualité de la mise en page.

Pour ce qui est de la  mobilité, nous avons observé que 63% des biens ne possèdent pas de version mobile spécifique alors que la présence digitale mobile est un enjeu important pour susciter l’envie de visite en cours de séjour ou à proximité, ainsi qu’en terme de diffusion de contenus pratiques à destination des visiteurs (horaire, localisation, durée de visite). Le domaine des application est encore moins bien loti puisque 91% des biens ne sont pas présents sur les différents stores d’application. Toutefois, on constate aujourd’hui que les retours utilisateurs au sujet des applications sont contrastés puisque 80% des apps sont désinstallées après la première utilisation.

Il est extrêmement dommageable qu’un portail français global ne permette l’accès aux sites des biens. Seul le site  be.france.fr  fait office de portail centralisé. Mais il manque de notoriété et de réputation.

3 Un environnement de fonctionnalités pauvres Les dispositifs digitaux des biens UNESCO développent peu de fonctionnalités remarquables. 7 d’entre-eux présentent des vidéos, 6 une visite virtuelle ou une visite à 360°, 5 une photothèque à part entière. 3 biens seulement présentent une cartographie ou un plan interactif, un module de localisation ou de visites virtuelles.

Un point d’intérêt majeur serait la possibilité de proposer un module de réservation ou une billetterie en ligne. Seuls 5 biens possèdent une fonction de ce type.

Agenda, blog ou diffusion de brochures  sont peu utilisés. Les dimensions de storytelling et de storysharing sont quasiment inexistantes.

4 Le contenu est-il à la hauteur des enjeux ?

De manière générale, le contenu (texte & media) est peu ample. Aujourd’hui la politique culturelle digitale se positionne autour de la notion de Médiation (soit l’intervention d’un tiers pour faciliter la circulation d’information, éclaircir ou rétablir des relations). Là aussi, les dispositifs digitaux ne mettent que peu en scène des éléments de préparation de la visite (1) ou d’accès à un kit pédagogique (2).

Le réseau européen pour la numérisation et la diffusion du patrimoine culture Minerva, montre que si l’enjeu se situe bien évidemment au niveau de la pertinence des contenus, « Il est souvent impossible de publier sur un site Internet des représentations de la totalité de ces ressources, simplement parce qu’elles sont trop nombreuses. Leur sélection est donc essentielle. » (1) Le contenu doit répondre à la demande des utilisateurs : choisir les ressources les plus populaires, choisir les ressources qui présenteront le plus d’intérêt pour le public ciblé, choisir les ressources fragiles et restreindre l’accès aux originaux, le thème du projet. Elles peuvent varier en fonction des caractéristiques de ce public. Il faut garder à l’esprit la vertue SEO du contenu.

5 Quelle ambition linguistique ?

53% des sites internet des biens UNESCO possèdent une version anglaise spécifique en plus du français. 22 possèdent au moins deux langues en plus du français. 14% disposent de 3 versions linguistiques, 9% plus de 4 langues. Seulement 3 dispositifs digitaux possèdent une version chinoise qui demeure un ouverture considérable en terme d’attraction et de séduction de cette cible en expansion. C’est un levier de point de contact déterminant dans une approche mondialisée.

6 Réseaux Sociaux

La présence sociale est peu exploitée : Les 15 comptes Facebook, 11 comptes twitter, 6 comptes Instagram ne permettent pas s’assurer une présence sur des flux essentiels à l’heure actuelle en terme d’e-reputation, de notoriété, de diffusion de l’information.

Les RS permettent de prendre la parole et de diffuser de l’information et de se connecter avec le public.

D’autre part, l’usager étant devenu un prescripteur il est important qu’il puisse relayer l’existence des Réseaux Sociaux des sites patrimoniaux, et de possibilité d’expression du public in situ.

Comme le rappelle le Guide Réseaux sociaux du Ministère de la Culture, il est important « d’offrir au public la possibilité de consulter du contenu mais aussi d’être actif par rapport à ce contenu. » (3)

Conclusion

Figurer sur la liste UNESCO est un atout considérable pour l’image de marque d’un lieu et pour tout le territoire environnant car tous les guides touristiques mentionneront à coup sûr cette appartenance. En terme de visites, on cite régulièrement le chiffre de 20% de fréquentation touristique supplémentaire pour les biens classés par rapport aux biens non-classés. Cela donne un ordre d’idée particulièrement intéressant de la puissance du label.

Si le classement parle de lui-même, on peut remarquer un déficit de prise en considération de la dimension digitale que se soit par l’intermédiaire d’un portail valorisant le Patrimoine UNESCO français ou par le biais d’un dispositif internet pour chaque bien. Dispositif digital pouvant servir un enjeu de connaissance à distance. Ce patrimoine mérite d’être mis en valeur et d’être porté à la connaissance du public par le levier digital. Pour aller plus loin, on peut imaginer des formes de branding dans la perspective des mesures issues du rapport du Conseil de Promotion du Tourisme affichant 40 mesures pour doper le tourisme. Pour terminer notons l’existence de deux sites internet particulièrement intéressants :  archeologie.culture.fr/chauvet/fr et www.aufildelavezere.com qui proposent, pour le premier, une réplique virtuelle de la Grotte Chauvet et une contextualisation exceptionnelle, et pour le second, un très beau parcours visuel et une immersion dans l’environnement local.

Sources :

Les chiffres cités dans cette études sont issus de notre propre calcul. L’évaluation a été réalisée sur un ensemble de 41 biens inscrits sur la liste Patrimoine UNESCO au 1er décembre 2015.

(1) (3) Principes de qualité des sites Internet culturels : guide pratique.

Publié par le groupe de travail 5 de Minerva Identification des besoins des utilisateurs, des contenus et des critères de qualité pour les sites Internet culturels [En ligne]. Page 17 [consulté le 29 novembre 2015]. www.minervaeurope.org/publications/qualitycommentary/qualitycommentary_fr.pdf

(2) Lumière sur les réseaux sociaux. Animation des communautés connectées, guide pratique. Ministère de la Culture et de la Communication sous la direction et à l’initiative d’Universcience (Palais de la Découverte & Cité des Sciences [En ligne]. Page 13 [consulté le 29 novembre 2015]. www.culturecommunication.gouv.fr/var/culture/storage/pub/guide_reseaux_sociaux/index.htm#/13

par Christian

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