SIdO 2016 - 2 : Les mots clés de l'IoT

Par Christian,
dans Actualité digitale

sido

Tour d’horizon des mots les plus employés pendant le SIdO 2016 :

Phygital

Comme l’ont rappelé Xavier Dalloz et Shawn DuBravac en introduction au SIdO : nous assistons, avec l’IoT, à une digitalisation de l’espace physique (« digitization of physical space ») et elle est massive. En connectant tout l’espace par des capteurs, des devices, du cloud, on construit un plan exploratoire de mesure du monde, un monde abstrait de maillage à une échelle encore inconnue jusqu’ici. On obtient également un volume considérable de données. Dans les couloirs et les tables rondes du SIdO, on a beaucoup parlé de data. On peut s’interroger sur le fait que les acteurs économiques se focalisent un peu trop vite sur le sujet de la data brute. Ce qui compte, c’est la mise en perspective, le sens dévoué à cette récolte de données car comme de nombreux speakers l’on rappelé la data brute ne vaut rien, seule sa qualification, son étude, les comportement qu’elle engendre sont porteurs de sens pour les consommateurs qui les produisent ou les entreprises qui les obtiennent. Le traitement des données n’a rien de simple ou de nouveau juste parce qu’elles sont « big ».

Usages

Certains intervenants envisagent l’émergence du monde IoT comme une manière de renouveler notre rapport au monde et au digital, trop dominés par le smartphone et les apps. L’argument principal plaide en faveur d’une relation renouvelée à soi par l’intermédiaire des objets intelligents qui captent notre environnement dans une visée plus pragmatique et plus utile. Après l’engouement et le détournement des consommateurs face aux apps, le monde de l’IoT veut réussir la recherche du sens. La scannette Pikit de Carrefour par exemple, voudrait changer le rapport des familles à la liste de course et au drive. Pikit est connecté à l’application du distributeur et au compte Carrefour Drive du client, Pikit permettant de scanner les codes-barres des produits afin de les mémoriser et de procéder à leur achat. L’objet, bien réalisé, rappelle le scanner manuel in-store et fait la joie des enfants. Moins que l’objet, c’est la relation qui est digitalisée et sans-couture. Comme le rappelait Remi Bourganel lors de la conférence « Quand l’IoT rencontres les usages, s’ancrer dans le quotidien ou disparaître », plutôt que d’Internet des objets, il faudrait parler d’internet des objets informationnels tant les usages sont interconnectés et surtout contextualisés ; et cette captation du contexte est complexe tant les usages, les utilisateurs et les cultures sont différentes. N’oublions pas que la source des données captées par un objet connecté n’est pas uniquement nous-mêmes mais notre environnement. C’est dans cette primauté du contexte que le monde IoT poursuit et se démarque du web et du web mobile. Le designer Alexandra Deschamps-Sonsino souligne que la conception IoT est différente des autres objets car la réussite de la fonction de l’objet (surtout ne pas être un couteau suisse) est capitale dans l’adoption. Adoption encore relative car on manque de confiance chez les utilisateurs. Finalement, ajoute-t-elle, on constate qu’on s’adresse immédiatement à des publics de niche. La cible « grand public » des objets connectés n’existe pas encore en terme d’engagement comme il n’existe pas en terme de prix. En effet, aujourd’hui 60% de la valeur d’un objet connecté réside chez le distributeur comme le rappelait Rafi Haladjian.

Adoption

Le succès grand public ou à public élargi tiendra à un prix de vente ne dépassant pas quelques euros. Ce type d’objet n’existe pas encore mais il viendra tôt ou tard, mais son succès sera tributaire de deux facteurs :

• Sa capacité à être utilisé tous les jours et à dépasser l’ADN d’un gadget, sinon il aura raté son positionnement marketing,

• Sa capacité à susciter l’engagement à hauteur de sa valeur émotionnelle. Ainsi, il continue à être l’objet d’une conception de designer. A partir de la monétisation de la data prend tout son sens par-ce que au fond, « tout le monde se moque de la data brute générée par votre brosse à dent », c’est vrai, sauf pour le constructeur et les professionnels du secteur. On oublie souvent que la data n’est peut-être pas vouée à être diffusée à l’utilisateur. Pourtant celui-ci revendique d’être le droit informé de la finalité de l’utilisation de ses données propres. L’autre problématique est que le monde IoT est très fragmenté et qu’il serait difficile de voir émerger un Apple de l’IoT dont la consolidation repose sur 4 produits phares déclinés.

Sécurité

Nous abordions ce point un peu plus haut dans cet article, la confiance est en enjeu clé dans l’engagement et l’adoption des objets connectés par un plus large public. Les consommateurs sont exigeants, ils souhaitent une sécurité maximale et en même temps, ils rechignent à ressaisir leurs informations de connexion et veulent profiter de la monétisation de la data pour faire baisser le coût du produit, mais le partage des données à un tiers est sujet très sensible. Les objets connecté rendent « la technologie invisible » comme le disait Emmanuel Schneider, Country Digitization Acceleration Program Director chez Cisco, cette dématérialisation accentue le sentiment de volatilité des informations. La pression exercée par la sécurité est d’autant plus forte dans un monde multipliant les objets en relation automatisée et digitale, comme le rappelle Patrice Slupowski, VP digital innovation chez Orange. Un monde sans fil nous semble toujours plus piratable. Tout n’est pas qu’une question de sécurité au sens « big brother » du terme, rien que les risques spamming sont très gênants pour le consommateur. La sécurité nécessite une véritable pédagogie utilisateur comme on l’avait déjà perçu pour la problématique lié au retargeting. L’anonymisation est une donnée clé : collecte, licence et consentement doivent régit par le droit.

Retail

C’est le monde du retail qui semble être actuellement la vitrine la plus visible de l’intégration des objects connectés dans notre quotidien. L’affichage in-store devrait beaucoup évoluer dans les prochains mois : écrans OLED transparents diffusant de l’information enrichie sur les offres et orchestrant le retargeting in-door, écrans géants affichant des déclinaisons de vêtements non montrés en magasin mais disponibles en stock ou en commande, vitrines connectées alertant un conseiller des articles à disposer en cabine pour essayage à la suite du choix du client … La connectivité poussée permet d’optimisé tous les flux onstage et backstage en boutique et de renouveler l’analytique du parcours client en isolant les zones froides des zones chaudes par exemple. Et ce n’est pas tout ! Compte-tenu du coût des surfaces commerciales, en centre-ville par exemple, l’automatisation de la vente à faible valeur ajoutée permet de concentrer le nombre d’articles disponibles sur une toute petite surface comme le montre l’exemple du robot Chloé . Le robot Pepper apporte une nouvelle forme de séduction. Testé en magasin et en banque au Japon, sa joliesse humanoïde sympathique attire le chaland et permet de générer jusqu’à 500 contacts/jour, il évalue l’âge de la personne, son niveau de satisfaction. Il permet de prendre les pouls micro et macro de la clientèle. Le vendeur est dès lors envisagé comme un véritable conseiller personnel. Ces solutions vont dans le sens d’une automatisation et d’une ré-humanisation de la relation avec le consommateur. L’hypothèse de processus de connexion, de scénarisation et de stimulations ré-enchantés semblent ouvrir un nouvel eldorado pour le domaine du retail. Si les champs de création sont forts, ils ne doivent pas occulter les risques de sur-sollicitation du consommateur.

Smart city

Une des tables rondes les plus intéressantes du SIdO 2016 était consacrée à la ville intelligente. Guillaume Chelius (Hikob), Stéphane Gagnat (Ogga), Hervé Rivano (INRIA) et Laurent Rivollet (GRDF) ont montré des solutions IoT concrètes. La ville intelligente fonctionne par-ce qu’il y de la donnée, et les données sont des aides précieuses à la prise de décisions qui nous impactent tous : • Mesure de la température de la chaussée pour évaluer la nécessité d’un salage lors d’épisodes critiques. Les capteurs permettent d’avoir une approche locale plus précise en complément du modèle de prévision de Météo France (Hikob), • Compteur électrique intelligent pilotable à distance. Depuis son smartphone et à distance, l’usager peut gérer la température de son logement en fonction des changements extérieurs et de ses besoins. La centrale permet une mesure fiable et précise de sa consommation et de ses besoins domestiques (OGGA), • Télédétection appliquée à l’environnement urbain (qualité de l’air, pollution sonore, transport, etc.) et analyse des mégadonnées pour l’aménagement urbain, la gestion de la circulation et la mobilité personnalisée (INRIA).

Intelligence

Si le monde se couvre progressivement d’objets intelligents, notre manière d’être au monde sera complètement modifiée. Même si de nombreuses voix redoutent une perte de contrôle, la communication prospective de Nell Watson (Futurist Thinker chez QuantaCorp) a proposé une vision positive et progressive peuplée d’hypercams capables de révéler la maturité d’un fruit invisible à l’œil nu, de systèmes envisagés comme des « extended persons » et de robots pilotés par des copies de réseaux neuronaux (de vers pour l’instant) ; autant de projets en cours de test dans des laboratoires de recherche. De son côté, le programme informatique d’intelligence artificielle et de DeepLearning Watson d’IBM est employé dans la recherche contre le cancer en complément d’un médecin spécialiste référent. Watson permet de créer un corpus global d’agrégation de toutes les connaissances sur le sujet (littérature médicale, histoires des sciences, actualités, mise en commun des données d’hôpitaux partenaires) que l’on peut interroger en langage naturel ! Demain, toutes ces innovations seront présentes dans nos smartphones ! A l’horizon 2025/30, l’AI sera une réalité partout dans les systèmes informatiques, on parle bien d’une intelligence fonctionnelle mais pas encore émotionnelle. L’IoT est une série de nouveaux usages et un nouveau mode de perception du monde, c’est un changement qui touchera la gestion de l’énergie à notre domicile, la précision de notre suivi médical, l’adaptabilité de la ville aux besoins des citoyens, la nature de nos compétences professionnelles, l’évaluation des risques mineurs ou majeurs, l’extension de la sphère de ce qui est automatisable… Je voudrais, pour terminer, partager cette phrase de Nell Watson avec vous et qui a servi de conclusion à ce SIdO 2016: « Dites-vous qu’Elon Musk a le même smartphone que nous ». Si le créateur de Paypal, CEO de Tesla et de SpaceX possède aussi un iPhone, cela en dit long sur l’adoption par le plus grand nombre des technologies, cela signifie aussi qu’un certain palier a été atteint qui fait qu’il n’y a pas mieux aujourd’hui. Mais cela montre aussi que derrière nos technologies c’est notre subjectivité créatrice qui compte depuis le temps du silex jusqu’à celui des futurs vortex.  

par Christian

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Rechercher