acti en prison : derrière les barreaux des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph

Trois ans après le transfert des détenus vers la maison d’arrêt de Corbas et l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Meyzieu, l’équipe d’acti découvre les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph et plonge dans l’univers inhumain et sordide de ce lieu autrement appelé « la marmite du diable ».

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Immersion carcérale

Le temps est gris et humide, un peu comme les murs de la prison Saint-Paul, que nous longeons pour aller retrouver Daniel Siino et Bernard Bolze.
Pour la plupart d’entre nous, c’est la première fois que nous franchissons la porte de ce monde hermétique.

Le 4 avril 2012 à midi, les alentours de la prison sont plutôt calmes et silencieux, ce qui tranche avec l’ambiance qu’ont connu les gens du quartier il y a peu de temps encore : les hurlements de haine et de désespoir des détenus, les échanges bruyants de nouvelles entre l’intérieur et l’extérieur, entre les prisonniers et leurs familles et amis.

Arrivés devant le portail de Saint-Paul, cours Suchet, nous sommes accueillis par Daniel.
Depuis la cour d’entrée, nous apercevons sur la gauche l’espace où étaient guillotinés les prisonniers avant que la peine de mort soit abolie en France en 1981.
Puis nous entrons dans la prison par l’entrée des visiteurs. Les murs sont en lambeaux et il reste des objets rescapés du récent déménagement : téléphone, affiches, listes, écriteaux,…
C’est ici que nous rencontrons pour la première fois l’artiste Georges Rousse (1), qui prépare sa première œuvre pour les Journées Européennes du Patrimoine : un carré bleu dans une des cellules du bâtiment H.

(1) : lire le précédent billet : “Rencontre privilégiée avec un grand artiste”

Nous avançons dans le long couloir du hall d’accueil, qui ouvre sur les parloirs, salle de fouille ou chambres des surveillants. Les pièces sont petites et les murs sont plutôt colorés.

Nous arrivons dans la Rotonde, l’espace central de la prison d’où partent les six branches de l’édifice. Au rez-de-chaussée de la Rotonde se situent le poste de garde et des accès aux différentes cours de promenade.

Bâtiment E, prison Saint-Paul

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Daniel nous emmène d’abord dans le bâtiment E, réservé aux malades psychiatriques. Les cellules, étroites et très hautes, sont plutôt oppressantes. En levant la tête, une petite fenêtre inaccessible donne un peu de lumière. Le mobilier : un évier, un W.C. non fermé. Quatre hommes vivaient ici, vingt-trois heures sur vingt-quatre, une heure étant proposée pour la promenade.
Les douches sont très sommaires et Daniel nous précise qu’à une époque, le tuyau d’arrosage n’était pas assez long pour les nettoyer… On voit de près la réalité du mitard, cette cellule d’isolement où le prisonnier puni reçoit sa gamelle à quelques centimètres de latrines souvent bouchées.

Les cours de promenade sont recouvertes de barbelés d’où pendent des milliers d’objets en tous genres, que les personnes détenues ont lancés : des chaussures, des vêtements, des canettes et bouteilles en plastique, des ficelles,…

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Bâtiment H, prison Saint-Paul

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Le bâtiment H est le plus grand de la prison Saint-Paul, il dispose de cellules sur trois étages. C’est le seul qui sera détruit entièrement, dans le cadre du nouveau projet architectural, et c’est ici que Georges Rousse a choisi de réaliser deux des trois œuvres présentées lors des Journées du Patrimoine.
Sur l’un des murs, nous pouvons lire des phrases qui font d’abord sourire, puis qui rappellent les conditions déplorables d’hygiène subies par les prisonniers : « Le passage des rats », ou encore « Ici, les rats, ils te serrent la main. Ils mangent mieux que nous ».
A chaque étage du bâtiment, nous pouvons faire le tour des cellules en utilisant une petite corniche. Au centre, des filets sont tendus pour éviter les suicides.
Bernard nous précise que les surveillants appréciaient ce bâtiment qui leur apportait plus de sécurité avec ses systèmes fermés permettant d’être seuls avec un groupe.
Chaque cellule garde la trace troublante des personnes qui y ont vécu : des photos, des messages, des affiches, des coupures de journaux, des paquets de cigarettes,…
On imagine ces hommes entassés par quatre ou six dans 9 m², sans aucune intimité.

Bâtiment des mineurs, prison Saint-Paul

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Nous arrivons dans le bâtiment des mineurs. L’une des cellules est calcinée par un incendie provoqué par deux d’entre eux, décédés dans l’incident en 2002. La cellule n’a jamais été nettoyée…
Dans la cour de mineurs, a survécu pendant longtemps le seul arbre de la prison. Un terrain de sport est dessiné sur le sol, des dessins ornent les murs.
Là, Bernard nous raconte l’histoire des prisons de Lyon. En voici quelques éléments clés. Saint-Joseph a été construite en 1831 à la Confluence, qui était à l’époque un endroit insalubre qui n’avait pas encore été assaini.
Une allée de peupliers puis de platanes sépare l’édifice du Rhône, jusqu’à ce que l’autoroute soit construite en 1971. A sa construction, le bâtiment est très beau, mais la prison est vite pleine et elle doit être agrandie. Saint-Paul est alors élevée en 1865 et gardera la même structure et le même nombre de cellules jusqu’à aujourd’hui.


La rue qui sépare les deux prisons se nomme la rue Delandine, du nom d’un bibliothécaire lyonnais qui fût emprisonné en 1792-1793. A sa sortie, il peint un tableau représentant la vie dans les prisons de Lyon.
En 1939-1940, la prison est peuplée de résistants. L’un d’entre eux, Emmanuel Mounier, créateur du personnalisme communautaire, y séjourne et François Marty, prêtre du Prado et aumônier de la prison, fait sortir les écrits du philosophe. Il est arrêté et déporté. Une plaque est également visible à l’entrée de la prison, affichant les noms de jeunes jugés et tués par un tribunal français et non par les nazis.
Bernard évoque également les émeutes de l’été 1974, dont il a été le témoin, qui ont abouti à une réforme humanisant les détentions.
Aujourd’hui, les détenus des anciennes prisons de Lyon sont incarcérés à Corbas, qui leur offre plus d’espace, plus de lumière, au sein de laquelle de nombreuses activités sont proposées. Mais cette prison est immense et conduit à l’isolement des personnes. Quand un détenu appelle au secours, il n’est parfois pas entendu… « On est arrivés dans une prison sans rats, sans cafards, sans humanité » (2). Le seul moyen de pouvoir s’exprimer est de refuser de réintégrer sa cellule ou pire, de se mutiler.

(2) : lire l’article sur libelyon.fr

Bâtiment des activités, prison Saint-Paul

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Nous terminons notre visite de Saint-Paul par le bâtiment des activités, où est né le premier journal réalisé en prison : L’Ecrou. Pour la première fois s’ouvrait un espace d’expression commun aux détenus, personnels et intervenants.
Daniel nous parle aussi de tous les chanteurs qui sont venus donner un concert dans la salle de spectacles de la prison.

Prison Saint-Joseph

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A partir de la prison Saint-Paul, nous prenons le passage souterrain qui la relie à Saint-Joseph. Le passage est couvert de fresques réalisées par des artistes, dont le célèbre Chamizo.

Saint-Joseph est tout aussi délabrée que Saint-Paul. Après avoir traversé la cour, certains accèdent au mirador, d’où l’on pouvait surveiller les abords de la prison.
Dans un autre bâtiment, après avoir franchi une petite porte, nous découvrons un jardin couvert d’une magnifique glycine… et d’énormes rouleaux de barbelés posés dans l’herbe. Nous sommes dans le jardin du directeur de la prison.

Nous achevons notre parcours à l’entrée de la prison Saint-Paul pour saluer Georges Rousse, Bernard Bolze et Daniel Siino. Nous les remercions chaleureusement de nous avoir permis de vivre cette expérience.

Dans un prochain article, nous vous proposerons de visionner le témoignage de certaines personnes de l’équipe d’acti.

Visualisez le diaporama photos de la visite sur recette.acti.fr/passages

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Quelques ressources complémentaires :

La marmite du diable – Reportage d’Envoyé spécial (n°103, 6 avril 2000)
Partie 1 // Partie 2 // Partie 3

Plus d’infos sur la prison Saint-Paul

Plus d’infos sur la prison Saint-Joseph

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